Les écovillages : un modèle de développement pour revitaliser les communautés

Nébesna Fortin – pour le numéro spécial du 40ème anniversaire du magazine Possible

Notre société, habituée d’aborder les thèmes de l’économie et de la qualité de vie, ajoute de plus en plus ceux du développement durable et de l’écologie. Tout le monde veut bénéficier d’un mode de vie gratifiant, riche et de qualité, mais comment y arriver sans que ce soit au détriment de notre belle planète ?

Voici un mouvement grandissant, qui pourra peut-être répondre à cette question : le mouvement mondial des écovillages. C’est un modèle de développement qui met de l’avant la protection de l’environnement et la valorisation du communautaire. Le concept d’écovillage, développé autour de l’idée d’un habitat humain durable, responsable et solidaire, a vu le jour au Sommet de la Terre à Rio, en 1992. En 1998, l’Organisation internationale des Nations Unies (ONU) décrivait les écovillages comme l’une des meilleures pratiques pour un mode de vie durable.

Le réseau international des écovillages (GEN) compte plus de 1 000 écovillages, dont plus de 25 sont inscrits au Canada. Ces exemples de développement écologiques prennent différentes formes : on y retrouve tant des villes ou quartiers écologiques, comme le quartier Vauban à Freiburg en Allemagne et Auroville en Inde, que des petites communautés de quelques familles qui vivent dans un cohabitat (plus d’informations sur réseau canadien de Cohabitat). Selon le réseau GEN, un écovillage est une communauté intentionnelle ou traditionnelle qui met localement en pratique les quatre volets du développement durable (social, écologique, culturel et économique), afin de générer un mode de vie en harmonie avec l’environnement. La plupart adoptent une vision commune, une gouvernance participative, partagent des espaces et tiennent des activités éducatives, touristiques ou commerciales. L’idée est principalement de réduire l’impact écologique tout en augmentant la qualité de vie des résidants. Afin de rendre cette idée possible, diverses pratiques écologiques et communautaires sont mises en place, tel le partage d’espaces (parcs, habitations, cuisines…), d’équipements (outils, voitures, jeux…) et de ressources (nourriture, services, expertises…).

Ici, au Québec, on retrouve l’écovillage la Cité Écologique, établi depuis 1984 dans la municipalité de Ham-Nord au Centre-du-Québec. Cette communauté témoigne de sa réussite depuis 32 ans. Elle se caractérise par ses 80 résidents, ses 10 entreprises, son école alternative primaire et secondaire, sa ferme d’agriculture certifiée biologique et son environnement communautaire bien rodé, en évolution constante et en synergie avec la jeunesse. De plus, le site accueille une vingtaine de stagiaires internationaux et plusieurs centaines de visiteurs chaque année. Grâce à ses entreprises, l’écovillage assure un travaille à tous ses résidents et génère de l’emploi dans sa région.

Parmi les pratiques écologiques et communautaires qui y sont mises de l’avant, on compte la proximité. À la Cité Écologique, toutes les habitations, l’école, la garderie et les entreprises sont situées dans un rayon d’un kilomètre. C’est-à-dire, que tous les déplacements quotidiens entre ces lieux peuvent être accomplis à la marche ou à vélo évitant ainsi d’utiliser l’automobile ou tout autre transport en commun qui, bien que moins polluant, reste une dépense d’énergie et une source d’émission de gaz à effet de serre. Les déplacements quotidiens constituent une des parties les plus importantes de l’empreinte environnementale d’un individu. De plus, que dire des magnifiques paysages qui permettent d’apprécier la beauté de la nature.

Toujours dans un esprit de partage, des repas communautaires sont offerts cinq à six fois par semaine. Afin de mieux se répartir les tâches reliées à la production maraîchère, à l’entretien et à la mise sur pied de nouveaux projets, des temps de «bee» (joyeuses corvées) sont planifiés. On y pratique également la foresterie durable et la plantation d’arbres (plus de 22 000 arbres de 50 espèces depuis 30 ans).

La Cité Écologique, inspirée par sa troisième génération de jeunes adultes, a le vent dans les voiles et développe constamment de nouveaux projets. L’un d’eux, le CAP Éco-Communautaire, offre des formations en développement durable, inspirées du mode de vie en écovillage. En 2015, la Cité fut le premier hôte canadien de la formation en développement de communautés durables appelé le cours EDE. Ce programme fut supporté par l’organisme international de formation, Gaia Education, qui est un partenaire clé du Programme d’action global pour l’EDD de l’ONU. Aujourd’hui,  ces cours ont été offerts plus de 190 fois, dans 40 pays, sur six continents, touchant plus de 5 000 personnes. Ils forment ses participants à devenir des agents de changement dans leur communauté, revitalisant ainsi leurs régions.  L’édition 2015 du cours EDE à la Cité Écologique fut un grand succès et l’expérience sera répétée encore cet été du 8 juillet au 8 août 2016.

L’équipe de l’écovillage de Ham-Nord voit grandir l’intérêt de la population du Québec pour ce type de mode de vie alternatif, plus communautaire et respectueux de l’environnement. Cet intérêt se reflète, non seulement lors des visites de l’écovillage, mais aussi lors des événements et foires de l’environnement auxquels le nombre de participants est de plus en plus important. Sans oublier, les nombreux projets et services variés qui se développent à l’échelle provinciale, mini-maisons, formations en permaculture, développement de cohabitats, projets de jardins communautaires, etc. ; ainsi que le mouvement Incroyables Comestibles qui prend son essor. Certaines municipalités se mettent également de la partie et offrent des espaces de développement domiciliaire où la construction écologique est encouragée et où l’on se retrouve entre citoyens qui valorisent le bon voisinage !

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